Achetez mon livre : #NoFilter

En voi­ci un qui détonne un peu dans le petit monde des livres pho­to : #NoFil­ter, des pho­tos sans retouche, de Gor­don Laing, vient de sor­tir chez Eyrolles après avoir été publié au prin­temps chez Ilex. Et bien enten­du, c’est moi qui me suis occu­pé de la ver­sion fran­çaise ; et faire ça immé­dia­te­ment après L’art du noir et blanc, c’est ce qu’on appelle un grand écart.

Les livres pho­to tech­niques se divisent glo­ba­le­ment en deux caté­go­ries : les modes d’emploi appro­fon­dis (séries Maî­tri­ser le… par exemple), qui parlent beau­coup de prise de vue mais sous l’angle d’un appa­reil par­ti­cu­lier, et les thé­ma­tiques (comme, au hasard, La pho­to­gra­phie urbaine), qui font le tour d’un sujet de la prise de vue au tirage en pas­sant par le déve­lop­pe­ment. Notez que les innom­brables “pre­miers pas”, “apprendre la pho­to”, “les bases de la com­po­si­tion”, etc. res­semblent à cette seconde caté­go­rie : ils reprennent géné­ra­le­ment son plan immuable, une pré­sen­ta­tion géné­rale, une par­tie dédiée à la prise de vue, une dédiée au trai­te­ment d’image, embal­lez, c’est pesé.

#NoFil­ter sort radi­ca­le­ment du lot. À cela, une rai­son simple : Gor­don Laing (le type der­rière Came­ra Labs) a vou­lu mon­trer que des Jpeg sor­tis de l’appareil peuvent être uti­li­sés tels quels, pour peu que les réglages de prise de vue aient été adap­tés. En l’absence de sec­tion “retouche”, il ne reste donc qu’une immense sec­tion “prise de vue”, qui du coup prend la forme d’une liste de pho­tos accom­pa­gnées cha­cune d’un texte expli­quant com­ment elle a été com­po­sée, quel maté­riel a été uti­li­sé, com­ment il a été réglé pour obte­nir l’image sou­hai­tée sans pas­ser par un ordi­na­teur.

À tra­duire, ce fut fun. Autant Free­man aime les expli­ca­tions appro­fon­dies et les phrases un peu ampou­lées, autant Laing est un type direct, qui ne cherche pas à faire des struc­tures com­plexes et aime à res­ter acces­sible. Au bout de quelques pages du second, en reli­sant mes pre­miers jets, je trou­vais que quelque chose n’allait pas ; puis, j’ai réa­li­sé que… j’avais tout tra­duit au pas­sé simple ! Cela allait par­fai­te­ment au style nar­ra­tif clas­sique de Free­man, mais don­nait un ton bizarre au style ver­bal et anec­do­tique de Laing. J’ai repris mes dix pages en les pas­sant au pas­sé com­po­sé et d’un coup, ça son­nait beau­coup mieux !

Ce qui est inté­res­sant, c’est que Laing a le qua­li­faut (ou le défli­té, je sais jamais ?) des bons jour­na­listes : s’il écrit simple et direct, il est à che­val sur le choix des mots. J’ai donc tout de même pas­sé pas mal de temps dans le dico anglais en VO pour véri­fier les nuances entre deux termes : s’il uti­lise “swift” plu­tôt que “fast”, ça n’est pas pour qu’on tra­duise par “rapide” sans se poser de ques­tion — et ce, même s’il emploie une tour­nure tota­le­ment fami­lière ou coupe sa phrase sur des points de sus­pen­sion trois mots plus loin !

Sur le fond, l’ouvrage est par­fois sur­pre­nant, mais la qua­li­té des images est sou­vent au ren­dez-vous (au pas­sage, l’impression tou­jours soi­gnée de la mai­son Eyrolles les met bien en valeur) et le texte est rem­pli de réflexions que l’on se fait rare­ment, tant l’on a pris l’habitude de se dire qu’on régle­rait tel détail sur l’ordinateur.

Sans adhé­rer à tous les pro­pos¹, c’est donc bour­ré de pistes de tra­vail qui peuvent enri­chir votre façon de réa­li­ser des images — même si vous n’êtes pas aller­gique à la retouche.

¹ L’éditrice et moi sommes tom­bés d’accord pour tra­hir sans ver­gogne le pas­sage où il disait que Paris en géné­ral et la tour Eif­fel en par­ti­cu­lier étaient deve­nus des coupe-gorge où sor­tir un appa­reil pho­to était proche du sui­cide. Oui, j’exagère, il avait pas vrai­ment dit ça, mais il avait tout de même exa­gé­ré l’insécurité locale, loin au delà du rai­son­nable.