Courrier : ISO, vitesse, ouverture et molettes

Reçu via mes­sa­ge­rie Face­book :

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Si j’en reste au fac­tuel : oui, il est pos­sible de régler sen­si­bi­li­té, vitesse et ouver­ture en tour­nant des molettes avec un contrôle élec­tro­nique der­rière. C’est même la façon la plus com­mune de faire sur les appa­reils un tan­ti­net avan­cés, pour les­quels modi­fier aisé­ment les para­mètres d’ex­po­si­tion fait par­tie des fon­da­men­taux incon­tour­nables.

Ça, c’est la réponse que je ferais à un col­lé­gien. Mais mon inter­lo­cu­teur étant en cin­quième année de desi­gn indus­triel, je ne peux m’empêcher de poser une ques­tion : on leur apprend quoi, dans ces for­ma­tions ?

Dans mon esprit, le but pre­mier du desi­gn indus­triel, c’est de créer l’ob­jet adap­té à l’u­ti­li­sa­tion à laquelle on le des­tine. Il me semble donc que c’est jus­te­ment la res­pon­sa­bi­li­té fon­da­men­tale du desi­gner de défi­nir la meilleure façon de réa­li­ser telle ou telle fonc­tion : par exemple, je pen­sais naï­ve­ment que c’é­tait à celui-ci de choi­sir si la sen­si­bi­li­té devait être un réglage auto­ma­tique, un réglage manuel avec des bou­tons, un réglage manuel avec une molette, voire une com­bi­nai­son des pro­po­si­tions pré­cé­dentes (sur mon K‑5, je peux choi­sir entre lais­ser faire l’ap­pa­reil, appuyer sur la touche Iso en tour­nant une molette ou l’af­fec­ter direc­te­ment à une molette).

Sur le Fuji X-T1, sensibilité Iso et vitesse ont des barillets dédiés et la molette avant règle l'ouverture (lorsque l'objectif n'a pas sa propre bague).
Sur le Fuji X‑T1, sen­si­bi­li­té Iso et vitesse ont des barillets dédiés et la molette avant règle l’ou­ver­ture (lorsque l’ob­jec­tif n’a pas sa propre bague).

Dans mon esprit tou­jours, quand on est en der­nière année de mas­ter et qu’on pré­pare son pro­jet de diplôme, on est cen­sé être capable de faire un peu de recherches pour se créer sa propre idée du sujet. Par exemple, un étu­diant pré­pa­rant son dos­sier de fin d’é­tudes sur un appa­reil pho­to pour­rait cher­cher dans ses connais­sances si par hasard quel­qu’un aurait en pos­sé­de­rait un, le prendre en main, dis­cu­ter des dif­fé­rentes fonc­tions et de leur implé­men­ta­tion, et pas­ser quelques heures à regar­der sur Inter­net com­ment ils sont faits et quel est l’é­tat de l’art en la matière.

Et au bout du compte, notre étu­diant contac­te­rait des gens, ça fait évi­dem­ment par­tie des recherches ; mais il leur pose­rait des ques­tions du genre “pen­sez-vous qu’une approche à trois molettes apporte une plus grande sim­pli­ci­té d’emploi (une molette, une fonc­tion) ou une com­pli­ca­tion inutile (trop de com­mandes d’un coup) ?” ou “reste-t-il un avan­tage à conser­ver une liai­son méca­nique pour par exemple contrô­ler l’ou­ver­ture, ou le tout-élec­tro­nique est-il défi­ni­ti­ve­ment la meilleure approche ?”

En revanche, quand il demande “est-ce qu’on peut mettre un bou­ton à tour­ner ?”, ça sonne étran­ge­ment comme “j’ai un gros poil dans la main, vous pou­vez faire mon taf à ma place ?” et ça ne donne abso­lu­ment pas envie de répondre (voyez comme je suis sym­pa, je l’ai quand même fait, dans le pre­mier para­graphe en plus).

D’a­près son pro­fil Face­book, mon inter­lo­cu­teur étu­die à l’é­cole de desi­gn Strate (ancien­ne­ment Strate col­lè­ge¹). Celle-ci pro­fesse, dans sa bro­chure télé­char­geable (avec don­nées per­son­nelles obli­ga­toires), que la der­nière année est “dédiée à la défi­ni­tion et au déve­lop­pe­ment d’un pro­jet per­son­nel” où “l’é­tu­diant va d’a­bord se lan­cer dans une phase de recherche et d’a­na­lyse”. Il sem­ble­rait que les notions de “recherche” et “ana­lyse” de cer­tains de leurs étu­diants soient pour le moins extrê­me­ment vagues ; pour une for­ma­tion coû­tant la baga­telle de 45 000 € pour les cinq années, je suis un poil déçu.

¹ Le Comi­té Anti-Tra­duc­tions Foi­reuses se per­met une petite excur­sion hors de son champ d’ac­ti­vi­tés habi­tuel (le ciné­ma) pour remer­cier cette école d’a­voir renon­cé à appe­ler “col­lège” un éta­blis­se­ment qui délivre exclu­si­ve­ment des for­ma­tions post-bac…