Minolta X300

Il y a quelques années, mon pater­nel est tom­bé nez à nez avec un X300, ven­du 60 € avec quelques objec­tifs. Il est reve­nu tout content, vu qu’il n’avait plus à l’époque qu’un Yashi­ca 6x6 à visée ver­ti­cale pour faire des vraies pho­tos — sinon, on avait des com­pacts à sou­ve­nirs, vous savez, clic-clac mer­ci Kodak.

C’est donc le pre­mier reflex à objec­tifs inter­chan­geables que j’ai uti­li­sé. Au fil du temps, des bro­cantes et des heures sur eBay, le lot d’objectifs s’est sta­bi­li­sé sur un 50 mm f/1,4, un 35–70 et un 70–200 f/4,5 — déso­lé, je sais plus les marques et on l’a plus sous la main.

Dès le départ, alors que je n’avais jamais uti­li­sé un appa­reil de ce genre, je l’ai trou­vé extrê­me­ment bien fou­tu. Les gars de chez Minol­ta avaient de l’expérience, et ça se voyait quand on met­tait ses doigts sur l’appareil : l’ergonomie était à peu près irré­pro­chable.

Nor­ma­le­ment, vous deviez avoir la main gauche sur l’objectif. La mon­ture MC ne per­met­tait pas l’exposition auto­ma­tique : le réglage de dia­phragme était donc manuel, ce qui n’a rien de gênant avec l’habitude (d’ailleurs, je m’aperçois que j’utilise régu­liè­re­ment mon FZ30 en prio­ri­té ouver­ture…). En revanche, la sélec­tion de la vitesse était auto­ma­tique (sauf si on vou­lait finas­ser), avec un affi­chage élec­tro­nique dans le viseur de la vitesse sélec­tion­née. Donc, sans décol­ler l’œil du viseur, régler l’ouverture en comp­tant les clics jusqu’à affi­chage d’une vitesse cor­recte — de quoi faire l’exposition en une frac­tion de seconde.

Une fois réglée l’ouverture, il fal­lait faire la mise au point. Ben oui, au début des années 80, quand les Minol­ta X (300, 500 et 700) sont sor­tis, l’auto-focus n’était même pas un rêve d’auteur de SF. Dieu mer­ci, le X300 était livré d’origine avec un verre à stig­mo­mètre1, ce qui per­met­tait de faire une mise au point rapide et extrê­me­ment pré­cise.

Bien sûr, pour ceux qui n’ont jamais uti­li­sé d’appareil dépour­vu d’automatismes sophis­ti­qués, le X300 est ter­ri­ble­ment dérou­tant à prio­ri. La sur­prise sera d’autant plus grande de trou­ver ses marques très rapi­de­ment, deux doigts sur la bague de diaph’, un sur le déclen­cheur, un sur le levier d’armement — un moteur annexe pou­vait être mon­té sous l’appareil, mais il était lourd, encom­brant et fina­le­ment assez inutile — et… le majeur droit sur le bou­ton de ver­rouillage de l’exposition, fonc­tion essen­tielle pour expo­ser cor­rec­te­ment un contre-jour par exemple. J’ai depuis vu quelques autres appa­reils, et jamais ailleurs je n’ai eu le ver­rouillage d’exposition aus­si bien pla­cé, pile sous le doigt qui n’a rien d’autre à faire.

Bon, ne nous leur­rons pas : le X300 n’était quand même pas par­fait !

Au cha­pitre des fâche­ries, l’absence de véri­fi­ca­tion de la pro­fon­deur de champ. Cette fonc­tion, dis­po­nible sur les X500 et X700 via un bou­ton sur la mon­ture d’objectif, n’existait pas sur le petit frère. Du coup, il fal­lait pas mal d’habitude pour esti­mer la pro­fon­deur dis­po­nible. Par­ti­cu­liè­re­ment éner­vant en macro, ou dans les situa­tions où l’on veut créer un flou d’arrière-plan ou au contraire être net du pre­mier plan à l’infini. Dieu mer­ci, les objec­tifs de ce temps étaient sou­vent équi­pés d’un indi­ca­teur de dis­tances (Canon, Nikon, et autres fabri­cants modernes d’objectifs à auto-focus, expli­quez-moi pour­quoi vous avez aban­don­né ça !) avec indi­ca­tion approxi­ma­tive de la zone de net­te­té en fonc­tion de l’ouverture. Bien pra­tique, mais ça ne rem­place pas le bou­ton qui va bien.

Dans le même ordre d’idée, les diodes indi­quant la vitesse choi­sie étaient un peu dérou­tantes en mode manuel : elles s’allumaient alors pour affi­cher la vitesse conseillée par la cel­lule, sans rap­pel de la vitesse que vous aviez réel­le­ment choi­sie.

Je n’aimais guère, éga­le­ment, la cour­roie d’origine, extrê­me­ment fine, pour un appa­reil qui dépas­sait allè­gre­ment le kilo dès qu’on l’équipait d’un petit télé. Au bout de quelques dizaines de minutes, elle vous cisaillait l’épaule et com­men­çait un tra­vail d’amputation après une heure. (Un peu ridi­cule aus­si, cette cour­roie com­por­tait un com­par­ti­ment qui per­met­tait de ran­ger des piles de rechange. Le X300 met­tait une éter­ni­té à vider ses piles et, le temps d’arriver au bout, celle de rechange avait des chances d’être fati­guée elle aus­si…)

Man­quait aus­si une petite fenêtre, dans le dos de l’appareil, qui aurait per­mis de véri­fier de visu quel type de pel­li­cule était dans le boî­tier. Et à pro­pos de pel­li­cule, le sys­tème d’entraînement avait aus­si un coté un peu éner­vant lorsque l’on chan­geait de film : il fal­lait en pas­ser l’extrémité dans une fente qui, une fois sur deux, le lais­sait filer au lieu de le rete­nir pour l’enrouler…

Pour finir, incon­tes­ta­ble­ment et même pri­vé de quelques fonc­tions de ses frères X500 et X700, le X300 res­tait un très bon appa­reil, doué d’une ergo­no­mie sans pareille, d’un viseur très agréable et d’une expo­si­tion auto­ma­tique fort cor­recte. Un très bon petit reflex, qu’il m’arrive de regret­ter quand je dois plis­ser les yeux dans l’oculaire d’un EOS 300D ou quand je veux ver­rouiller l’exposition de mon FZ30 avant de reca­drer…

1 Le stig­mo­mètre, ou télé­mètre à coïn­ci­dence Dodin, est un dis­po­si­tif de visée qui affiche une por­tion de l’image cou­pée en deux. Quand la mise au point est plus éloi­gnée que le sujet, celui-ci est déca­lé, disons à droite dans la par­tie supé­rieure et à gauche dans la par­tie infé­rieure. Lorsque le sujet est réuni sans cas­sure, la mise au point est donc bonne.