Stanley Kubrick

à la Ciné­ma­thèque fran­çaise, jusqu’au 31 juillet 2011, ***

Stan­ley Kubrick, c’est un cas par­ti­cu­lier dans le ciné­ma. Adu­lé, détes­té ou, dans mon cas, les deux à la fois, il a pon­du 13,5 films (le qua­tor­zième a été fini par Spiel­berg), grat­té six Oscars au pas­sage et fait rire aux éclats, pleu­rer à chaudes larmes ou mou­rir d’ennui plu­sieurs mil­lions de spec­ta­teurs…

Il a sur­tout eu le bon goût de se faire très rare après 1975, fai­sant ain­si de chaque sor­tie un évé­ne­ment en soi. Un vrai billard pour tout com­mer­çant, qui pou­vait en plus comp­ter sur le refus maniaque du réa­li­sa­teur de par­ler de ses films, lais­sant cha­cun dis­ser­ter à loi­sir sur les inter­pré­ta­tions pos­sibles — oui, un peu comme David Lynch.

Donc, Stan est mis à l’honneur à la Ciné­ma­thèque, dans le parc de Ber­cy à Paris. Une large expo­si­tion, clas­sée film par film dans l’ordre chro­no­lo­gique, de Fear and desire à A.I. Intel­li­gence arti­fi­cielle (le fameux qua­tor­zième). Avec des bouts de décors, des pho­tos de tour­nages, des extraits de scripts, de décou­pages et de docu­ments divers (dont quelques plan­nings de pré­sence sur le pla­teau, jour par jour et scène par scène)…

Sur le papier, ça peut donc être pas­sion­nant. Et ça l’est par­fois : cer­taines pho­tos de tour­nage ont une vraie valeur docu­men­taire, les repro­duc­tions de cri­tiques de Loli­ta sont à mou­rir de rire (et par­fai­te­ment jus­ti­fiées, pour les plus incen­diaires en tout cas), quelques cour­riers d’autorités reli­gieuses amé­ri­caines sont forts inté­res­sants et donnent un éclai­rage dif­fé­rent aux polé­miques qui ont entou­ré cer­tains films…

Il faut éga­le­ment sou­li­gner l’excellente pré­sen­ta­tion de Doc­teur Fola­mour, ou com­ment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe : les extraits dif­fu­sés sont par­ti­cu­liè­re­ment bien choi­sis (au contraire de ceux de Loli­ta ou des Sen­tiers de la gloire, qui m’ont lais­sé froid comme la truffe d’un chien bien por­tant), des des­sins pré­pa­ra­toires montrent l’évolution de cer­tains élé­ments (notam­ment les sur­noms envi­sa­gés pour la fameuse bombe), quelques petites anec­dotes sym­pa­thiques sont pro­po­sées et on com­prend bien l’évolution du pro­jet, qui pas­sa du drame mili­taire à la farce noire sous l’influence pro­gres­sive de Peter Sel­lers.

Autre mor­ceau très inté­res­sant, le cou­loir de jeu­nesse où l’on découvre quelques extraits de la pre­mière car­rière de Kubrick : repor­ter pho­to­graphe, à la fin des années 40. Une sélec­tion sym­pa­thique entre images artis­tiques et docu­men­taires, pour une fois pré­sen­tée sans sur­charge exces­sive.

Car c’est un pro­blème de l’exposition : la pro­fu­sion bor­dé­lique de l’ensemble. Les pho­tos, en par­ti­cu­lier, sont exces­si­ve­ment nom­breuses et d’un inté­rêt variable : on a un peu l’impression qu’on a vou­lu mettre un maxi­mum de docu­ments, plu­tôt que de sélec­tion­ner sévè­re­ment pour n’en rete­nir que les plus inté­res­sants. Plu­sieurs fois, on se perd dans le che­mi­ne­ment d’une pièce à l’autre, et il est très facile de rater cer­tains mor­ceaux — Shi­ning, les pho­tos, les pro­jets inache­vés…

Et puis, cer­tains mor­ceaux se contentent du basique, de ce que tout le monde connaît. Si je vous dis Full metal jacket, vous pen­sez M16, casque “born to kill”, Nikon F et UH-1 ? Bin­go, c’est exac­te­ment ce que vous aurez…

Pour cou­ron­ner le tout, la sur­po­pu­la­tion était mani­feste ven­dre­di soir, lorsque j’y suis pas­sé sur invi­ta­tion de l’UGC, ce qui ne sim­pli­fie pas les choses : pour bien appré­cier une expo, il vaut mieux ne pas se mar­cher sur les pieds.

Pour conclure, les pinailleurs s’en don­ne­ront à cœur joie devant cer­taines incon­grui­tés, comme les inco­hé­rences de dates — Les sen­tiers de la gloire est daté de 1957, soit son année de pro­duc­tion, alors que Doc­teur Fola­mour est daté de 1964, année de sor­tie en salles (il était bou­clé à l’automne 63, mais sa sor­tie a été repous­sée suite à l’assassinat de Ken­ne­dy).

Au glo­bal, c’est donc quelque part une expo à l’image de la fil­mo­gra­phie de Kubrick : par­fois excel­lente, sou­vent un peu bor­dé­lique et pas tou­jours très lisible. Pour ceux qui n’ont ni invi­ta­tion ni carte de presse, ça coûte 11 €, et c’est à mon humble avis plus que ça ne vaut.